4 mois dans un quilombo brésilien

Nouvelle étape dans ma vie dans la Chapada, et je dois bien avouer : ma préférée ! Moinho m’a enchantée au point de ne plus vouloir en partir. Je vais essayer de partager ici un peu de l’amour que je ressens pour cet endroit.
Moinho est un village quilombola de 300 habitants situé à 12 km d’Alto Paraiso, toujours dans la Chapada dos Veadeiros. J’y ai déménagé le 10 janvier avec Rasa (américaine de 55 ans), Adair (brésilien / polonais de 20 ans) et Helton (brésilien de 35 ans). Un quilombo est un ancien village d’esclaves. La population y est généralement majoritairement noire, pauvre et encore aujourd’hui peu éduquée. Moinho est un village de paysans et de guérisseurs (raizeros), longtemps isolé du fait de l’absence de route rejoignant la ville, d’où un fort taux de mariage consanguins. Encore aujourd’hui, il faut compter 40 minutes de route de terre pour aller faire ses courses.

 

Contrairement à d’autres parties du cerrado (type de végétation caractéristique de la Chapada), la végétation est dense et verdoyante, ce qui permet de planter beaucoup d’aliments et de plantes médicinales. Chez moi poussent du manioc, du curcuma, des pommes de terre, des bananes, des avocats, des haricots, des ananas et des cannes à sucre. Avec les habitants, j’ai appris à planter et à travailler certaines plantes. J’ai fait du jus de canne à sucre et de la farine de mandioc, mais ils font aussi de la rapadura, des confitures, des conserves, des huiles et des remèdes …

 

 

 

MON avocatier =)
 
Aujourd’hui je valorise encore plus la proximité de mes aliments puisque ici la majorité de mes fruits et légumes venaient de champs à proximité, le plus souvent bio. Les plantations sont petites et servent simplement à nourrir les villageois et à rapporter un peu d’argent supplémentaire aux paysans. 
Une autre caractéristique de Moinho est la proximité et l’entraide entre les habitants. La plupart des maisons sont regroupées dans le centre qui compte deux rues parallèles et deux rues transversales. La moitié de la population fait partie de l’église évangélique (considéré comme un catholicisme hard core) donc se réunit deux à trois fois par jour pour le culte. Les gens sont très proches et s’aident en permanence en s’offrant des repas, partageant leurs outils, s’invitant les uns chez les autres, prenant les gens en stop, etc.

 

Notre maison, qu'on a repeinte
 
 Ma maison, ci-dessus, que je partageais avec Helton, était située dans la rue principale. Contrairement à la France où on a plutôt l’habitude d’être très silencieux et dérangés par le bruit, ici les gens communiquent d’une maison à l’autre en criant, mettent la musique extrêmement forte, crient dans la rue dès le matin, ne s’occupe pas de dresser les chiens pour qu’ils n’aboient pas … J’ai mis au moins deux mois à m’habituer à tout ce bruit puis j’ai commencé à connaitre les gens. Leur bonne humeur et leur hospitalité m’ont tellement touchées, ils m’ont tellement fait sentir que je faisais partie de cet endroit, de cette grande famille que le reste est devenu un détail sans grande importance. Je ne suis pas partie qu’ils me manquent déjà …

 

Chaque journée passée ici a eu l’effet d’une thérapie profonde. J’ai nourri mon corps et mon esprit en passant mes après-midi à la rivière, en buvant une eau de source pure, en mangeant des aliments frais et naturels, en passant beaucoup de temps à discuter avec des personnes qui m’ont accueillies telles que je suis malgré nos différences. La déconnexion avec le monde virtuel m’a permis d’octroyer plus de temps à la lecture, à l’écriture, à la prière, au yoga, à la cuisine … Les jours sont passés tellement vite, et je n’ai jamais eu le temps de m’ennuyer …

 

J’espère revenir très vite dans ce petit paradis ❤ Gratitude immense pour ces quelques mois. Et vous, quel est votre endroit préféré au monde ?

Méditation Vipassana : 110 heures de méditation en 10 jours

Mon bilan après 10 jours de méditation, de silence, de déconnexion et d’introspection.

J’ai réalisé ma retraite en janvier 2017, deux semaines à peine après mon inscription. Jusqu’à quelques jours avant, je l’avais laissé dans un coin de ma tête, probablement par peur de me décourager. Ce qui me faisait le plus peur, c’était simplement de m’ennuyer. Effectivement, une retraite de méditation Vipassana est plutôt limitée en activités. Les retraites Vipassana n’autorisent les participant qu’à dormir, manger (deux repas par jour) et marcher (ou plutôt se dégourdir les jambes car la surface de promenade est assez réduite), en plus de la méditation, 11 heures par jour.
Chaque jour, le programme est le même : on commence à 4h du matin et on termine à 22h.

Théorie :

Les trois premiers jours, on pratique une méthode d’observation de la respiration, anapana sati, qui prépare à la technique de méditation Vipassana.
Chaque période de méditation est guidée par des audios et un professeur à qui on peut poser nos questions. Chaque soir, on écoute un discours de S.N. Goenka, Birman d’origine indienne qui enseigna cette technique de 1969 à sa mort en 2013 . Ces derniers ont été pour moi l’un des moments les plus forts cette retraite, qui m’a chamboulée à deux niveaux : physique d’abord et intellectuel ensuite. Grâce à ces discours, j’ai compris le pouvoir libérateur de la méditation, et c’est ce qui fait que je la considère désormais comme l’un de mes outils d’accès au bonheur. Et cela je l’ai probablement plus compris intellectuellement que ressenti physiquement. Pour le moment.

 

Vipassana est la méthode enseignée par le Bouddha (le libéré) pour aider chacun de nous la voie de la libération, dhamma.  Lui aussi a enseigné cette méthode jusqu’à sa mort, soit pendant 45 ans. Si son enseignement, et celui de Goenka, a touché tellement de personnes, c’est notamment parce qu’il est non-sectaire : des personnes de toute origine, caste ou religion se sont illuminés grâce à lui.

 

Ce que Bouddha a découvert, c’est le lien entre nos sensations et les objets extérieurs. Jusqu’ici, on avait compris que nos sens réagissent aux objets extérieurs (ex : une fleur qui sent bon fait réagir mon sens de l’odorat). Et Bouddha a montré que ce n’est pas l’objet en lui-même que l’on recherche, mais la sensation qu’il nous procure. Peu importe que ce soit une fleur ou une pince à linge qui sente bon, ce qu’on recherche c’est la sensation que nous procure cette odeur. De même, ce n’est pas un objet que l’on va rejeter, par exemple du pain moisi ou un aliment pourri, mais la sensation désagréable qu’ils procurent (par exemple quand on mange ce pain ou cet aliment).

 

Sankara est  la partie de notre esprit qui réagit aux sensations.
Le malheur des hommes ne viendrait donc pas du fait qu’on soit en permanence à la recherche d’objets plaisants et dans le rejet d’objets déplaisants, mais du fait qu’on soit en permanence dans la recherche de sensations plaisantes et dans le rejet de sensations déplaisantes. La méditation Vipassana cherche à nous apprendre à observer ces sensations, plaisantes ou déplaisantes, et à ne pas nous y attacher. Pourquoi s’attacher à quelque chose qui est, par définition, impermanent (anicca).

 

On nous dit ainsi qu’en arrêtant de s’attacher à nos sensations, on arrête de produire de nouveaux sankara mais surtout qu’on se débarrasse automatiquement de nos anciens sankara ! Petit à petit, on se libère l’esprit de nos attachements passés.

 

Pour cela, on utilise la pleine conscience et l’impartialité face à nos sensations. Une sensation plaisante comme douloureuse ne doit être qu’observée, impartialement, et non pas désirée ou rejetée. Par ce simple exercice d’observation, on purifie notre esprit et on apprend à le dominer, ce qui représente deux des trois piliers de l’enseignement de Bouddha.
Le dernier pilier est le respect des shilas, règles de morale, qui permettent à la fois de s’éloigner d’émotions et de sensations négatives mais aussi d’éviter des actions qui font du mal à autrui. Les cinq shilas sont :
  • De ne pas tuer
  • De ne pas mentir
  • De ne pas voler
  • De ne pas avoir de comportement sexuel déplacé
  • De ne pas ingérer d’intoxicant (tabac, alcool, drogue)

Pratique :

 

Me retrouver seule avec moi-même dans le silence de ce lieu chargé en énergies positives m’a fait un bien énorme. Cela m’a permis de faire le point à plein de niveaux sur ma vie, de faire une pause dans ce voyage tumultueux, de penser à moi et d’apprendre à mieux gérer mes émotions. Me voir offrir le cadeau d’un outil aussi puissant que le dhamma a été libérateur pour moi. Beaucoup de personnes considèrent la méditation Vipassana comme l’une des expériences les plus difficiles de leur vie, que ce soit à cause du manque de sommeil, de nourriture, du voeu de silence ou du fait de devoir rester assis aussi longtemps. Pour moi, rester assise a plusieurs fois été frustrant, notamment quand il s’agissait de rester complètement immobile. J’avais envie de sortir, de bouger, de regarder les fleurs, les bestioles, le ciel et de laisser aller mes pensées sans avoir à penser à ma respiration ou à mes sensations. J’ai aussi plusieurs fois trouvé les heures longues… Logique. Mais je ne décrirai pour autant pas cette expérience comme extrêmement difficile, peut-être justement parce que c’était ce que je recherchais.

Bilan :

Si je n’arrive pas encore à pratiquer régulièrement la méditation Vipassana, malgré les bénéfices que cela m’a apporté, c’est d’une part car c’est une discipline difficile à s’imposer (Goenka conseille de pratiquer deux heures par jour) mais aussi parce qu’avec le temps, j’ai perdu cette capacité à sentir mes sensations les plus subtiles. Le fait d’être en groupe et d’avoir cette structure qui impose une discipline m’a aussi grandement aidée à ce que je me lève à 4h du matin tous les jours et à ce que je reste assise sur mon coussin plutôt que d’aller me promener dans le jardin.
La pression sociale marche plutôt bien sur moi, je crois.

 

Aujourd’hui, je me contente donc de la technique d’anapana, que j’utilise pratiquement tous les jours et qui consiste à observer sa respiration, ainsi que de la méditation active (méditer en marchant), ce qui me permet déjà d’être plus présente au quotidien. Je poursuis mes lectures sur la méditation et le développement personnel et j’en apprends chaque jour un peu plus sur les outils qui permettent de guérir les traumas du passé et de devenir un adulte équilibré et heureux.

 

Dites-moi si ça vous a donné envie de vous engager dans cette folle aventure, ou si vous utilisé d’autres méthodes de pleine conscience !
Namastê.